Joachim du Bellay

(1525 - 1 January 1560 / Château of La Turmelière, Lire)

Au fleuve de Loire



Ô de qui la vive course
Prend sa bienheureuse source,
D'une argentine fontaine,
Qui d'une fuite lointaine,
Te rends au sein fluctueux
De l'Océan monstrueux,
Loire, hausse ton chef ores
Bien haut, et bien haut encores,
Et jette ton oeil divin
Sur ce pays Angevin,
Le plus heureux et fertile,
Qu'autre où ton onde distille.
Bien d'autres Dieux que toi, Père,
Daignent aimer ce repaire,
A qui le Ciel fut donneur
De toute grâce et bonheur.
Cérès, lorsque vagabonde
Allait quérant par le monde
Sa fille, dont possesseur
Fut l'infernal ravisseur,
De ses pas sacrés toucha
Cette terre, et se coucha
Lasse sur ton vert rivage,
Qui lui donna doux breuvage.
Et celui-là, qui pour mère
Eut la cuisse de son père,
Le Dieu des Indes vainqueur
Arrosa de sa liqueur
Les monts, les vaux et campaignes
De ce terroir que tu baignes.
Regarde, mon Fleuve, aussi
Dedans ces forêts ici,
Qui leurs chevelures vives
Haussent autour de tes rives,
Les faunes aux pieds soudains,
Qui après biches et daims,
Et cerfs aux têtes ramées
Ont leurs forces animées.
Regarde tes Nymphes belles
A ces Demi-dieux rebelles,
Qui à grand'course les suivent,
Et si près d'elles arrivent,
Qu'elles sentent bien souvent
De leurs haleines le vent.
Je vois déjà hors d'haleine
Les pauvrettes, qui à peine
Pourront atteindre ton cours,
Si tu ne leur fais secours.
Combien (pour les secourir)
De fois t'a-t-on vu courir
Tout furieux en la plaine?
Trompant l'espoir et la peine
De l'avare laboureur,
Hélas! qui n'eut point d'horreur
Blesser du soc sacrilège
De tes Nymphes le collège,
Collège qui se récrée
Dessus ta rive sacrée.
Qui voudra donc loue et chante
Tout ce dont l'Inde se vante,
Sicile la fabuleuse,
Ou bien l'Arabie Heureuse.
Quant à moi, tant que ma Lyre
Voudra les chansons élire
Que je lui commanderai,
Mon Anjou je chanterai.
Ô mon Fleuve paternel,
Quand le dormir éternel
Fera tomber à l'envers
Celui qui chante ces vers,
Et que par les bras amis
Mon corps bien près sera mis
De quelque fontaine vive,
Non guère loin de ta rive,
Au moins sur ma froide cendre
Fais quelques larmes descendre,
Et sonne mon bruit fameux
A ton rivage écumeux.
N'oublie le nom de celle
Qui toutes beautés excelle,
Et ce qu'ai pour elle aussi
Chanté sur ce bord ici.

Submitted: Tuesday, May 15, 2012

Do you like this poem?
0 person liked.
0 person did not like.

What do you think this poem is about?



Read this poem in other languages

This poem has not been translated into any other language yet.

I would like to translate this poem »

word flags

What do you think this poem is about?

Comments about this poem (Au fleuve de Loire by Joachim du Bellay )

Enter the verification code :

There is no comment submitted by members..

PoemHunter.com Updates

New Poems

  1. Jessica Simpson, Justin Reamer
  2. Midterms, Justin Reamer
  3. Thirteenth floor, Daisy Pereira
  4. Philosophy, Justin Reamer
  5. Eternal Spirits, RoseAnn V. Shawiak
  6. Waiting On God, Tom Zart
  7. Eunuch, arshad arshad
  8. Messengers Of The Heart, Tom Zart
  9. Letting Go, Phil Soar
  10. bury this six feet under your eyelids, Mandolyn ...

Poem of the Day

poet Robert William Service

Just Home and Love! the words are small
Four little letters unto each;
And yet you will not find in all
The wide and gracious range of speech
Two more so tenderly complete:
...... Read complete »

 

Modern Poem

poet Paul Muldoon

 

Trending Poems

  1. The Road Not Taken, Robert Frost
  2. Annabel Lee, Edgar Allan Poe
  3. If You Forget Me, Pablo Neruda
  4. Dreams, Langston Hughes
  5. If, Rudyard Kipling
  6. Daffodils, William Wordsworth
  7. A Dream Within A Dream, Edgar Allan Poe
  8. Phenomenal Woman, Maya Angelou
  9. Still I Rise, Maya Angelou
  10. Fire and Ice, Robert Frost

Trending Poets

[Hata Bildir]