Treasure Island

Emile Verhaeren

(21 May 1855 – 27 November 1916 / St Amands / Belgium)

Au loin


Ancres abandonnées sous des hangars maussades,
Porches de suie et d'ombre où s'engouffrent des voix,
Pignons crasseux, greniers obscurs, mornes façades
Et gouttières régulières, au long des toits ;
Et blocs de fonte et crocs d'acier et cols de grues
Et puis, au bas des murs, dans les caves, l'écho
Du pas des chevaux las sur le pavé des rues
Et des rames en cadence battant les flots ;
Et le vaisseau plaintif, qui dort et se corrode
Dans les havres et souffre ; et les appels hagards
Des sirènes et le mystérieux exode
Des navires silencieux, vers les hasards
Des caps et de la mer affolée en tempêtes ;
Ô mon âme, quel s'en aller et quel souffrir !
Et quel vivre toujours, pour les rouges conquêtes
De l'or ; quel vivre et quel souffrir et quel mourir !

Pourtant regarde au loin s'illuminer les îles,
Fais ton rêve d'encens, de myrrhe et de corail,
Fais ton rêve de fleurs et de roses asiles,
Fais ton rêve éventé par le large éventail
De la brise océane, au clair des étendues ;
Et songe aux Orients et songe à Benarès,
Songe à Thèbes, songe aux Babylones perdues,
Songe aux siècles tombés des Sphinx et des Hermès ;
Songe à ces Dieux d'airain debout au seuil des porches,
A ces colosses bleus broyant des léopards
Entre leurs bras, à ces processions de torches
Et de prêtres, par les forêts et les remparts,
La nuit, sous l'oeil dardé des étoiles australes ;
Ô mon âme qu'hallucinent tous les lointains !
Songe aux golfes, songe aux déserts, songe aux lustrales
Caravanes, en galop blanc dans les matins ;
Songe qu'il est peut-être encor, par la Chaldée,
Quelques pâtres pleins de mystère et d'infini
Dont la bouche jamais n'a pu crier l'idée ;
Et va, par ces chemins de fleurs et de granit,
Et va si loin et si profond dans ta mémoire,
Que l'heure et le moment s'abolissent pour toi.

Impossible ! - Voici la boue et puis la noire
Fumée et les tunnels et le morne beffroi
Battant son glas dans la brume et qui ressasse
Toute ma peine tue et toute ma douleur,
Et je reste, les pieds collés à cette crasse,
Dont les odeurs montent et puent jusqu'à mon coeur.

Submitted: Friday, August 03, 2012
Edited: Friday, August 03, 2012

Do you like this poem?
0 person liked.
0 person did not like.

What do you think this poem is about?



Read this poem in other languages

This poem has not been translated into any other language yet.

I would like to translate this poem »

word flags

What do you think this poem is about?

Comments about this poem (Au loin by Emile Verhaeren )

Enter the verification code :

Read all 1 comments »

PoemHunter.com Updates

New Poems

  1. Master of Money, Alfred Barna
  2. Rooms, Abbas Beydoun
  3. Eagle Dream, Kwai Chee Low
  4. Hieroglyphics, Mohammed Bennis
  5. Night Owl, Kwai Chee Low
  6. Feast in candlelight, Fadhil Al Azzawi
  7. Countryside Today, Sentamu Aziz
  8. When the sky still had no name, Fadhil Al Azzawi
  9. Golden Sacrifice, Kwai Chee Low
  10. Inside a black hole, Fadhil Al Azzawi

Poem of the Day

poet Robert Louis Stevenson

It is very nice to think
The world is full of meat and drink,
With little children saying grace
In every Christian kind of place.... Read complete »

 

Modern Poem

poet Amy Lowell

 

Trending Poems

  1. Still I Rise, Maya Angelou
  2. Daffodils, William Wordsworth
  3. A Thought, Robert Louis Stevenson
  4. On the Ning Nang Nong, Spike Milligan
  5. Not Waving but Drowning, Stevie Smith
  6. The Road Not Taken, Robert Frost
  7. Tarantella, Hilaire Belloc
  8. First Day at School, Roger McGough
  9. No Man Is An Island, John Donne
  10. Invictus, William Ernest Henley

Trending Poets

[Hata Bildir]